dimanche 4 avril 2010

[Pas une critique] Poets Of The Fall - Twilight Theater

Ça fait trois fois maintenant. Trois fois que je me repasse cet album en boucle devant la page word blanche, en cherchant comment attaquer cet article. Est-ce que les Poets sont incritiquables ? Bien sûr que non. Est-ce que cet album est parfait ? Sans doute pas vraiment. Alors quoi ?..


Je ne vais pas revenir pendant des pages sur qui sont les Poets Of The Fall en eux même. Six Finlandais qui ont décidé de plaquer toute leur vie pour se jeter dans la musique qu'ils voulaient faire, sans compromis, corps et âme, et si vous n'avez pas encore écouté les trois opus précédents, allez le faire. Je vais, par contre revenir brièvement sur "Revolution Roulette", le dernier album en date, pour vous remettre dans le contexte. Il m'en était resté une impression nerveuse, écorchée, bouillonnante. C'était il y a deux ans et quelques.

"Twilight Theater" semble à l'opposé au premier abord. Plus posé, plus mélancolique. Et il l'est, dans un sens. Les gros riffs de guitare ont été rangés au second plan contre plus de pianos et de violons. Les chansons même les plus "violentes" musicalement semblent comme couvertes d'un voile de satin. Impression exacerbée sans doute pas l'efficacité mélodique de certaines des "balades", comme "Rewind", "Change" ou "You're Still Here", sonnant presque comme les Red Hot en période "Road Trippin" sur "Californication". Oh, vraiment ?

Fausse pioche. C'est une lame de fond. Il y a une sincérité déchirante dans cet opus, dans chaque chanson. Simple exemple, extrait des paroles de la chanson "Smoke and mirrors" : "Maintenant, la mélodie est vide de sympathie; car cette merde est en bouchées d'octets sur YouTube; alors dites-moi, qu'est ce que je suis censé faire ? (…) savons-nous seulement qui nous sommes…". Si comparaison il fallait, je dirais plus comme du Led Zepplin, ou Aerosmith sur "Dream On". Mais non. Ça ne serait pas comparable. Ça n'est pas un album. C'est une opération à cœur ouvert. C'est une autopsie.


Poussant le détail jusqu'à planquer sur l'album une série de chiffres qui, une fois décryptés donne le mot "Hamartia", qui signifie en ancien grec "fautes ou erreurs d'un personnage", "Twlight Theater" est un album sur la blessure, l'amour, le rejet, l'hypocrisie, la solitude, l'absence, sur leur carrière et leur soudaine célébrité aussi, caché dans un si beau, si doux gant de velours que sa baffe peux passer pour une caresse. Alternant la rage toute contenue avec les chansons toutes en émotions, variant parfois les ambiances au sein du même morceau pour mieux toujours prendre l'auditeur à contre-pied… On comprend alors que les mélodies supposément douces ne sont là que pour souligner le propos. C'est presque une manipulation musicale permanente.

Et c'est… Sans doute le plus dur, fatalement. "Critiquer", vous faire partager par ces mots cette expérience sensorielle. Au fond, le son des Poets se rapproche autant du métal finlandais que de la J-Pop, il semble être le croisement, la décantation de milliers d'influences digérées, des meilleures, des groupes que tout le monde cite systématiquement, Beatles, Scorpions, Pink Floyd, pour créer leur touche, le ton, leur couleur. Et naturellement, les paroles. Oui, y'a "Poets" dans leur nom de groupe, et ça n'est pas abusé. Usant parfois de la métaphore posée, parfois d'une attaque directe et rageuse, les mots du groupe finlandais touchent toujours.

C'est presque ironique dans ce contexte que la première chanson et premier single de l'album, "Dreaming wide awake", sonne au final comme la plus faible, la plus habituelle et consensuelle. Ne vous y fiez pas, du moins, pas entièrement. Pour goûter au plein plaisir de cet album, il ne faudra pas hésiter à chausser le casque et vous y abandonner, avec les paroles devant le nez, même traduites par Google s'il le faut. Il mérite d'être savouré comme une expérience rare et à part entière.


Au final : peut-être faut-il juste une certaine patience pour entrer dans cet album, pour s'imprégner de cette mélancolie emplie d'espoir. Alors, offrez-vous la. Les œuvres qui se ressentent et se vivent avant d'être "consommés" sont trop rares pour êtres ratés et évités, et "Twlight Theater" est définitivement une de celles-là. Un voyage sensoriel dans les plaines, dans l'âme, dans l'ailleurs, qui prends un malin plaisir à nous renvoyer à nous.

"Twilight Theater" de Poets Of The Fall, 10 pistes (46:09) sorti le 17 mars 2010 chez Insomniac, 10€

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