dimanche 11 avril 2010

Nolife, IG Mag : La revanche des geeks (2/2)

Soyons francs : les nerds sont gâtés. Ces dernières années sont enfin apparus en France deux médias traitant notre culture avec respect et intelligence. Comptez vos portes-bonheur : c'est quasi unique dans le monde.
Je pense que la majorité d'entre vous est déjà familière avec Nolife. Chaine musicale n'émettant que sur les bouquets ADSL, elle s'est spécialisée dans la diffusion de clip japonais et de programmes concernant la culture nippone en général, d'émission traitant de l'actualité et de l'histoire du jeu vidéo et de séries réalisées par la jeune garde de la scène des courts métrages, issus des conventions et d'internet. Pour toute une génération dont je fais fièrement partie, Nolife assure le service d'être "notre" télé, celle de cette génération PC, Manga et Internet, service que Game One a arrêté d'assurer depuis son rachat par MTV.

Forcément, en visant directement le public des "Otaku", la chaîne s'expose à une critique virulente et quasi permanente, même et surtout de la part de ses téléspectateurs les plus fidèles (comme un tour sur ses forums pourra surement vous en convaincre). Mais même eux sont obligés de reconnaitre son rôle et sa nécessité. Sauf que. Fondé sur la passionaria et les fonds de ses deux créateurs, Nolife a vivoté difficilement des mois durant avant d'être tiré du trou par Ankama, éditeur du jeu Doffus et employeur de Maliki entre autres. Aujourd'hui, pour survivre, Nolife dépend des dons des utilisateurs, par un système d'abonnement sur le site qui permet de voir toutes les émissions de la chaîne en rattrapage.

Pourquoi pas de la pub ? La réponse est très simple. La pub s'obtient en montrant des chiffres d'audience officiels. Les chiffres d'audience s'obtiennent par médiamétrie. Médiamétrie a refusé de mesurer les audiences des bouquets ADSL jusqu'ici. Pourquoi ? Très simple là aussi. Vu la chute drastique de l'audience des "chaînes historiques" depuis l'ouverture de la TNT, TF1, M6 et compagnie ne voulaient pas voir le schéma se reproduire. Car qui dit plus de chaînes dit moins d'audience puis ce qu'elle est divisés en plus de parts, dis moins de revenus publicitaires… Et vous voyez où ça mène. Ils ont donc fait pression pour retarder ce compte le plus possible, poussant une chaîne comme Nolife les orteils dans le précipice.

Tout ça pour dire que Médiamétrie fera le compte dès cet été, et que Nolife pourra donc avoir de la pub à partir de ce moment. En attendant, elle vit encore sur les dons de ses téléspectateurs. Et ça serait vraiment con qu'elle claque à quelques mètres de la ligne d'arrivée. Donc : soutenez là. Mais nos amis d'Ankama ne font pas que sauver le projet le plus ambitieux de la culture geek française : ils ont aussi crées un magazine. Et celui-là, je suppose qu'un bon nombre d'entre vous l'ont raté jusqu'ici.


"IG" (abréviation de "in game", expression de jeu de rôle pour différentier les actions dans la partie des actions entre les joueurs), sous-titré "L'esprit du jeu", en est à son septième numéro bimensuel, et viens donc de franchir avec succès la barre de l'année. IG peut vous sembler cher. À 8,50 € le numéro, pour un magasine parlant de ce sujet, cela peut même vous sembler hors de prix. Mais il y a de bonnes raisons à ça.

Déjà, chaque numéro d'IG est un très bel objet. Couverture réalisée par de grands artistes du domaine, contenu imprimé sur du papier de très bonne qualité, chaque numéro dépasse allègrement les 250 pages sans la moindre pub. La rédactrice en chef, Ruth Steen, avait déclaré vouloir en faire un magazine qu'on lit aux toilettes avant de le ranger dans la bibliothèque. Mission accomplie, car c'est bien là l'autre chose qui justifie son prix : son contenu. De longs dossiers très complets et détaillés détaillant l'histoire d'une saga, d'un genre, d'un développeur, d'un personnage ou d'une console, des interviews sans concessions avec les créateurs des jeux du moment ou des petites mains de l'ombre, des analyses sociologiques…

IG ne traite pas tant le jeu vidéo comme un loisir que comme un médium sérieux, comme on traiterait le cinéma ou la musique. Et essaye d'expliquer, de répertorier et de décoder son histoire et sa mythologie. En ça, c'est un objet vraiment étonnant, qui pourra satisfaire le joueur passant 15 heures par jour sur son PC, mais où même sa mère pourra apprendre des choses sans être assaillie de jargon incompréhensible. Du fait de l'absence de pub, IG ne vit, lui aussi, que des ventes de numéro et d'abonnement. Le numéro actuel revient entre autres sur l'histoire des sagas Final Fantasy et God of War, sur la vie du père de Mario ou sur le marché des bornes d'arcade au Japon. C'est passionnant de bout en bout et mérite vraiment que vous lâchiez un billet de dix dans votre maison de la presse ou sur le site d'Ankama.

À se plaindre d'être toujours à la bourre en France, il serait vraiment dommage de ne pas soutenir ce genre d'initiatives. Les concerts de J-Music se multiplient déjà à Paris et même dans les grandes salles en région, et Nolife n'y est pas étranger. Donc, jetez un œil sur Nolife et IG, meilleurs baromètres du fait que, parfois, notre culture peut être comprise.

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