(Un thème en un seul mot proposé par un/e ami/e, une demi heure maxi pour écrire, et un petit exercice de style.)
Tu fais tourner le whiskey au fond de ton verre sans même vraiment le regarder. Le barman te regarde avec insistance pour te faire comprendre que c'est bientôt l'heure de rentrer chez toi, mais chez toi, c'est plus ici qu'autre chose maintenant. La télé lâche des clips d'un énième bellâtre vaguement doué. Tu as ton premier sourire depuis des jours, mais un sourire qui ne te réchauffe absolument pas. Tu étais à sa place.
Tu replonges encore dans tes souvenirs. 1978. Tu faisais toutes les télés. Tu passais sur toutes les radios. Tu as fait chaque émission nationale qui pouvait recevoir un chanteur. Tu as reçu trois grammy. Tu étais le chanteur folk que toute l'Amérique s'arrachait. Tu as vendu des millions de disques. Tes concerts faisaient salle comble. Le public hurlait ton nom. Tu buvais, tu te gavais de coke, tu avais une grande maison sur les collines d'Hollywood, une femme superbe. La vie devant toi.
Avance rapide. Aujourd'hui, qu'est ce qu'il te reste ? Ta maison est partie avec ta femme et son putain d'huissier. Ça fait des années que tu n'as plus de nouvelles d'elle que par vos avocats. Ton pognon, tu l'as brûlé dans la coke jusqu'au dernier dollar. Tu n'as jamais su rebondir, tu n'as jamais su changer ton jeu. Le public c'est lassé de toi aussi vite qu'il t'a aimé. Désormais, tu es tellement ringard qu'on ne te demande même plus de faire des ouvertures de super marché ou de venir à ces concerts de réunions d'ex-gloires.
Tu habites à South Central, dans le quartier le plus pourri de Los Angeles. Le barman éteint les lumières. Tu ne vaux même plus qu'il te dise clairement de foutre le camp. Tu te lèves, tu traines ta carcasse dans la ville sans que plus personne ne te remarque. Tu ne risques même pas de te faire trouer le lard pour te faire piquer ta thune. C'est déjà ça de pris.
Tu repenses à ce mec dans la télé. Tu n'as même pas à lui souhaiter qu'il lui arrive la même chose. On l'oubliera comme toi, comme des dizaines avant toi, comme des dizaines après. Combien coûte un simple moment de gloire ? Tu rentres chez toi, tu pousses la porte de ton appart miteux. Tu te ressers encore du whiskey. Ça faisait longtemps que le peu d'argent que tu touchais encore t'interdisait toute autre drogue.
Soudainement, tu penses au colt .45 dans ta table de nuit. Lentement, tu te lèves, tu le prends, et tu l'examines. Tu ne sais même pas pourquoi tu l'avais acheté un jour. Par peur de toi plus qu'autre chose. Tu ouvres le barillet, chargé. Tu le refermes. Tu enlèves la sécurité. Le canon froid glisse entre tes lèvres, se pose sur ta langue. Tes doigts se posent sur la détente. Ta main ne tremble pas. Tu fermes les yeux.
Puis tu le retires. Tu te regardes dans le miroir. Tu éclates d'un grand rire au milieu de sanglots. À quoi cela pourrait bien servir ? Strictement à rien. Inutile de faire ce qui a déjà été fait.
Soyons réalistes. Ça fait bien longtemps que tu étais déjà mort.


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