Bon, donc je voulais vous parler de deux petits trucs, disais-je.
Je voulais vous parler de Fergie des Black Eyed Peas et d'Alain Bashung.
Quel rapport ? Aucun, ou presque. Vous allez comprendre.
Bon, commençons par les Black Eyed Peas. Après tout, ce groupe est premier dans je ne sais pas combien de dizaines de pays, viennent de passer 6 mois en tête du billboard et a vendu 56 millions d'albums. Qu'on le veuille ou non, c'est un groupe qui compte. Donc, penchons-nous quelque peu sur son histoire. Parce que vous savez le genre de trucs avec lesquels ils ont commencé ? Avec ça :
Vous remarquez plusieurs choses. Petit un, ils se la pètent nettement moins. Petit deux, c'est beaucoup mieux que leurs productions actuelles. Petit trois, cette pute de Fergie n'est pas dans le groupe. Hasard ? Revoyons l'action au ralenti.
Ce single date de l'album "Bridging The Gap". L'album suivant s'appellera "Elephunk", verra l'arrivée de Fergie, apportée clairement pour avoir de quoi exciter les minots, et donc du succès pour les BEP avec des singles comme Where Is The Love, Shut Up, Hey Mama et celui qui est, à mon sens, le plus symptomatique du problème. Celui-ci.
Let's get it started, donc. Oh, vraiment ? Non, en fait. Si vous prenez les paroles de certains couplets, vous allez comprendre.
"We got five minutes for us to disconnect, from all intellect collect the rhythm effect (...) Everybody, everybody, let's get into it, get stupid (...) Lose control, of body and soul (...) Get stutted, get stupid (...) Let's get ill, that's the deal (...) Get messy, loud and sick ya'll mount past slow mo in another head trip."
Etrange, toutes ces références à la maladie ou à la stupidité ? Pas vraiment, non. Vu que le titre original de la chanson était "Let's get retarded". Ah ben oui, comme ça c'est vachement plus clair, en fait. Le mot Retarded était même épelé à voix haute à plusieurs reprises par Fergie dans la VO. Mais au nom du sacro-saint politiquement correct, tout ça a été effacé pour MTV et la FM. A partir de là, fini la moindre insulte dans les chansons des Black Eyed Peas, bienvenue dans l'ère du consensuel mou.
Pourquoi je me permets de charger Fergie ? Pour une raison vue sur la télé d'orange dernièrement : une session d'improvisation des BEP dans un petit club parisien. Soudainement, le groupe semblait retrouver ses couleurs d'origine. Will-I-Am entre autres, le leader black, à sorti un freestyle monstrueux au débit ébouriffant et en jurant tel un charretier comme au bon vieux temps. Fergie à babillé trois phrases et comblé avec des lalala. Casse-toi, grosse pouf, pitié.
Enfin, reparlons rapidement de consensus mou. Alain Bashung est mort. Je sais, c'était le 14 mars dernier. J'ai aimé Bashung sur le tard. Il m'a fallu du temps pour comprendre le génie d'un titre comme Osez Joséphine ou Madame Rêve. Il n'empêche, quand fin février, aux victoires de la musique, il s'était fait cirer les pompes par toute la profession alors qu'il s'était trainé, déjà mourant, jusqu'à la scène, arrivant tout juste à gémir "Résident de la république" plus dans le rythme et à bout de souffle, j'avais trouvé ça franchement obscène. Je me disais que ce mec devait être vu par sa famille et ses médecins, point. Il lui restait deux semaines à vivre.
Avec le recul, je les comprends. C'était la deuxième venue de Gainsbourg. Ils avaient laissé le premier crever comme une merde. Ils ne voulaient pas passer pour des courges face au suivant, c'est compréhensible, je pense même que dans un sens ça part d'un bon sentiment. Celui aussi d'offrir son tout dernier "live" à la France entière. S'en est suivi l'hypocrisie habituelle de la mort. Bashung disparu, artiste irremplaçable, génie total et magique, il manquera à la France. Torrent laudatif sur le cher disparu. Passage en boucle sur toutes les radios.
Aujourd'hui, plus rien. Nous sommes le 29 septembre. Et Bashung est toujours mort. Et tous ceux là l'ont de nouveau oublié. Et moi, je me pose simplement la question de ces hypocrisies post-mortem. Nous prennent-ils vraiment tous pour des cons et des demeurés ? Ils ont passé quinze ans à l'ignorer ou à le mépriser, pour seulement le porter aux nues une fois qu'il était mort ou presque, et ils pensent vraiment que ça ne va pas se voir ? Et un peu de sincérité pour changer ? Oh, pardon, je parle de politiques, de "journalistes" et d'"artistes", autant pour moi.
Enfin, maintenant au moins on sait ce qu'il faut à un mec comme Hubert Félix Thiéfaine pour qu'il soit reconnu et représenté dans les médias comme il le mérite. Juste qu'il meurt.


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